Pologne: grave crise dans les négociations pour former une coalition
VARSOVIE, 26 oct 2005 (AFP) -
Une grave crise a éclaté mercredi en Pologne dans les négociations en vue de former une coalition de droite, ce qui remet en question la formation d'un gouvernement par la Plateforme civique (PO, libérale) et le parti conservateur catholique Droit et Justice (PiS).
Arrivés en tête des élections législatives du 25 septembre, la PO et le PiS ne sont pas parvenus à trouver une candidature commune à la présidence de la Diète (chambre basse).
Lors d'un vote considéré comme crucial par les deux formations, la Diète a élu à ce poste le candidat du PiS, Marek Jurek, réputé pour ses positions nationalistes et très catholiques, notamment grâce au soutien du parti populiste Samoobrona et de la Ligue des familles polonaises (LPR, ultra-catholique et nationaliste).
La PO avait pour candidat Bronislaw Komorowski, ancien ministre de la Défense. Le PiS, dirigé par les frères jumeaux Lech Kaczynski - vainqueur dimanche de l'élection présidentielle polonaise - et Jaroslaw Kaczynski, a rejeté le candidat libéral alors qu'il avait été convenu que ce poste reviendrait à la PO.
Selon le chef des libéraux de la PO, Donald Tusk, son homologue du PiS Jaroslaw Kaczynski "devrait (désormais) ouvrir des négociations avec Samoobrona et la LPR".
"Je ne vois pas aujourd'hui la possibilité de continuer les négociations" entre la PO et le PiS, a-t-il déclaré.
La PO reproche au PiS de rafler tous les plus hauts postes en Pologne, ceux de Premier ministre, de chef de l'Etat et de président de la chambre basse.
"La PO n'est pas d'accord avec les penchants dictatoriaux des frères Kaczynski", a déclaré M. Tusk, qui avait perdu dimanche au second tour de l'élection présidentielle face à Lech Kaczynski. Selon Jan Rokita, le candidat libéral au poste de vice-Premier ministre dans un éventuel gouvernement PO-PiS, "il n'y a aucun doute qu'aujourd'hui les négociations doivent être suspendues".
"C'est un échec de cette équipe", estime le commentateur politique Slawomir Sierakowski.
Néanmoins, selon lui, "il existe toujours une possibilité que la PO revienne à la table des négociations, car (elle) s'est retrouvée dans une impasse".
Le Premier ministre désigné Kazimierz Marcinkiewicz s'est donné jusqu'à vendredi pour reprendre les négociations avec la PO.
"Pendant deux jours encore, je ferai tout pour que les négociations puissent reprendre.
Sinon, vendredi, nous déciderons quoi faire" dans la nouvelle situation, a-t-il indiqué.
"La PO fait tout pour empêcher la coalition de naître", a-t-il regretté.
"Nos partenaires estiment que les Polonais leur ont accordé le monopole du pouvoir", a accusé Jan Rokita.
Les négociations sur la formation d'un gouvernement de droite achoppent aussi sur l'attribution du poste stratégique de ministre de l'Intérieur.
La PO et le PiS disposent ensemble d'une confortable majorité de 288 sièges sur 460 à la Diète.
En cas d'échec de négociations avec la PO, les conservateurs pourraient créer une coalition avec les populistes de Samoobrona, les nationalistes de la LPR et le parti paysan ou de créer un gouvernement minoritaire.
Samoobrona et la LPR ont déjà proposé au PiS de créer une coalition, ce que les conservateurs ont pour l'instant refusé.
"S'il n'y a pas d'autre solution, nous proposerons un gouvernement minoritaire", a déclaré Jaroslaw Kaczynski.
"Un gouvernement minoritaire est possible, mais il n'est plus possible que le programme électoral qui prévoyait de grands changements, tellement attendu par les Polonais, soit réalisé", selon M. Sierakowski.
L'abscence d'accord entre PO et PiS a provoqué l'inquiétude des marchés.
La monnaie polonaise, le zloty a enregistré une forte baisse par rapport à l'euro et au dollar, et s'échangeait à 3,97 zlotys pour un euro et à 3,29 zlotys pour un dollar à la fermeture, contre respectivement 3,92 zlotys et 3,25 zlotys dans la matinée.
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