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Bilan de Tchernobyl : l'Onu minimise, les écologistes s'indignent

VIENNE, 6 sept 2005 (AFP) -

Des experts de l'Onu ont affirmé mardi à Vienne que les conséquences de Tchernobyl avaient été "exagérées" alors qu'en Ukraine, au Bélarus et en Russie, experts et écologistes ont critiqué le bilan probable de 4.000 morts retenu par l'Onu pour l'accident nucléaire survenu en 1986.
"Pour la vaste majorité des gens, les peurs associées à l'exposition aux radiations de Tchernobyl ont été exagérées", a déclaré un responsable de l'Agence des Nations unies pour le développement (Pnud), Kalman Mizsei, devant des experts de huit agences onusiennes --dont l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS)-- réunis jusqu'à mercredi dans la capitale autrichienne.
"Les dommages causés à la santé des populations et à l'environnement sont beaucoup moins graves que l'on ne le croyait", a-t-il ajouté.
Selon un rapport de l'Onu présenté lundi à Vienne et intitulé "Le legs de Tchernobyl: conséquences sur la santé, l'environnement et socio-économiques", "il est probable que 4.000 personnes environ mourront d'un cancer" à cause de Tchernobyl, soit nettement moins que ce qui était redouté jusqu'à présent.
Ce chiffre de 4.000 victimes "est nettement sous-évalué", a déclaré à Minsk le physicien bélarusse Gueorgui Lepnine, qui a travaillé sur le réacteur numéro 4 de la centrale ukrainienne où un incendie s'était déclaré le 26 avril 1986.
"Selon mon décompte, le nombre de 'liquidateurs' décédés atteint aujourd'hui près de 100.000 personnes, alors qu'un million de personnes au total ont travaillé à la centrale de Tchernobyl" après l'accident, a estimé M. Lepnine.
Les "liquidateurs" sont les personnes envoyées entre 1986 et 1992 sur les lieux en Ukraine (alors république soviétique) pour procéder à des travaux d'urgence et "liquider" les conséquences du drame, dans des conditions de sécurité dérisoires.
Lundi, M. Mizsei avait affirmé qu'à ce jour, Tchernobyl avait officiellement causé la mort de 56 personnes, 47 secouristes et neuf enfants victimes d'un cancer de la thyroïde.
Il avait rappelé que plus de 600.000 personnes avaient été fortement exposées à la radioactivité, soit 200.000 civils et militaires envoyés en urgence sur place, les employés de la centrale et les habitants des régions avoisinantes.
"Le rapport s'appuie sur des chiffres absolument faux", a pour sa part assuré à l'AFP Volodymyr Ousatenko, conseiller auprès de la commission parlementaire ukrainienne chargée de la sécurité nucléaire.
"Il est basé sur les données d'un gouvernement (celui du précédent président Leonid Koutchma) qui ne s'est jamais senti" concerné par les victimes, a ajouté M. Ousatenko à Kiev.
En Russie, Alexeï Iablokov, du Centre de politique écologique, a accusé les instances internationales de vouloir faire oublier Tchernobyl pour continuer le développement de l'énergie nucléaire.
"Ce rapport est la suite de la politique du ministère russe de l'énergie atomique et de l'AIEA qui veulent qu'on oublie Tchernobyl et sont intéressés à développer le nucléaire.
L'OMS ne dira jamais rien contre l'AIEA", a-t-il ajouté.
"C'est une honte que l'AIEA étouffe l'impact de l'accident industriel le plus grave de l'histoire de l'humanité", a déclaré le responsable du nucléaire de Greenpeace International, Jan Van de Putte, dans un communiqué diffusé depuis le siège de l'organisation à Amsterdam (Pays-Bas).
"Affirmer que seulement 4.000 personnes vont mourir est ridicule", a ajouté à Vienne un autre responsable de Greenpeace, William Peden.
A l'ouverture de la conférence, Vladimir Tsalka, du Comité Tchernobyl du Bélarus, a affirmé qu'il était "hautement probable" que des personnes succomberaient également à des maladies cardio-vasculaires causées par Tchernobyl.
Mais pour Mohamed ElBaradei, directeur général de l'AIEA, "la pauvreté et les problèmes de santé mentale constituent, pour les populations concernées, une menace plus grande que les radiations", selon le texte d'une allocution lue en son absence aux délégués.


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